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Territoires méditerranéens  |

Byzance, frontière entre Orient et Occident

Byzance, rebaptisée Constantinople au IVème siècle, est un carrefour entre l’Occident et l’Orient qui comporte un important brassage de cultures diverses à l’intérieur de son territoire. La définition de ses frontières est un problème auquel l’Empire Byzantin, issu de la même civilisation greco-romaine qui a donné naissance à l’Europe occidentale, s’est confronté tout au long de son histoire millénaire. Sa partie occidentale se trouve en contact avec les Latins et les Slaves tandis que sa partie orientale, en guerre perpétuelle, était plus perméable à des influences culturelles très différentes, telles que les cultures Perses et Arabes. Néanmoins, nombre de populations ont façonné leur culture sur le modèle byzantin, et cet autre Europe a su s’organiser et se constituer un espace homogène, tout en préservant, à l’intérieur, sa diversité. Entre le VIIIème et le XIIème siècle, l’Empire Byzantin connaît une période oscillante entre essor et déclin : il est sujet à de multiples invasions contre lesquels il rencontre des difficultés pour y faire face. Ces invasions proviennent aussi bien de l’ouest avec les Bulgares ou les Normands, que de l’est, où l’Empire est obligé de se défendre contre les incessantes incursions Turcs et Arabes. Le manque de stabilité au sommet de l’Etat, la pénétration commerciale croissante des Occidentaux en Orient, l’arrivée des ennemis, sont autant de menaces qui contribuent à affaiblir l’Empire. Au XIIème siècle, l’autorité byzantine résiste, la dynastie Comnène parvient à assurer une stabilité que l'arrivée des Turcs avait menacée, cependant dès 1204, avec l'arrivée des Français et des Vénitiens depuis l'Occident, l'Empire décroit. Lui qui jadis contrôlait le nord du bassin méditerranéen, est devenu un Empire qui ne s’étend plus qu’autour de la mer Egée.

Constantin donnant la ville au monde, vestibule sud de Sainte-Sophie.

C’est précisément au XIIème siècle que semble être écrit le Digenis Akritas, au sein d’un monde byzantin en déclin. Le Digenis, lui-même vraisemblablement conçu à partir de plusieurs traditions populaires byzantines, matériau multiple, est la réunification par la forme, et par le fond (Digenis est un homme issu d’une ascendance pluriculturelle : la culture Arabe et la culture Byzantine), d’une effervescente diversité à l’intérieur de l’Empire. Des régions qui avaient leurs caractères propres et des coutumes différentes, se sont vu cousues ensemble grâce à l’initiative d’un homme cultivé qui connaissait les techniques de l’enseignement rhétorique, et qui les mit au service de la culture populaire. Ensuite viennent les multiples adaptations et remaniements selon les époques.

La diffusion du poème dans un espace très large, qui s’étend de l’Euphrate à la Russie de Kiev, démontre sa capacité d’adaptations à différentes réalités, à différents milieux. Ce pourquoi on lui répertoria tant de modifications, de traductions, de réinterprétations, témoignage vivant d’une culture aux aspects parfois étonnants, qui a imprégné de ses valeurs tout le Sud-Est européen. Il est une partie intégrante de notre civilisation méditerranéenne.

Source : Paolo Odorico, Introduction à L' épopée byzantine de Digenis Akritas, éd Anacharsis, Toulouse, 2002.

Page mise à jour le 09/02/2021 par BOURGEOIS BENJAMIN