Logo du site
Calliope | Università di Corsica
Digénis Akritas  |

Chanter le Digénis Akritas

 

(L’Akrite. L’Epopée byzantine de Digénis Akritas, suivie du Chant d’Amouris, éd Anacharsis, Toulouse 2002, 253p)

 

Ecouter Le lodi extrait de l'album Epupea Digénis Akritas de Patrizia Gattaceca

 

"Digénis Akritas constitue une des figures les plus énigmatiques de la littérature byzantine et néo-hellénique. Ce que nous connaissons sur lui se limite à un récit ou plutôt à une suite de récits qui, malgré d'importantes différences dans la
longueur ou la variété des événements relatés, respectent tous la même structure de base et rapportent la même histoire, même s'ils ne véhiculent pas tous le même sens."

Il existe 6 versions (du XIVe au XVIIe s.) du Digénis  Akritas, dont les versions E (Escorial) et G (Grottaferrata) sont considérées les plus anciennes. Des chansons populaires datant du XIXe s. rapportent également des histoires similaires, et sont appellés conventionellement "akritiques".

 

Digénis Akritas, est un héros ambigu. Fils d’un émir arabe de Syrie et d’une noble byzantine, il combat les entités merveilleuses, fauves, brigands, dragons, amazones, il enlève sa belle et se marie, tout en restant attaché à son individualitéAu terme d’une vie de luttes et de cavalcades effrénées, il devient L’Akrite, « L’homme de la frontière », à la fois le gardien et le symbole vivant du monde des confins.

C'est précisément cette situation qui fait de Digénis Akritas un nouveau héros. En effet, il est brave et courageux, mais ce n'est pas lui qui attaque. Il ne s'agit pas d'un héros noble, issu de tradition savante ayant la figure du saint ou du soldat. C'est un héros qui répond à une tradition populaire, qui a un statut précaire même marginal, et qui cherche à gagner la reconnaissance. Il défend sa bien aimée ou sa propre vie. Ses combats ne sont ni expansionnistes ni menés contre un ennemi reconnu comme envahisseur par les Byzantins. Ce sont des combats que mène une figure solitaire contre des adversaires qui l'empêchent d'exister paisiblement, et menacent sa vie de couple.

Ainsi, dans l'état actuel de nos connaissances, nous pouvons dire que le Digénis Akritas apparaît comme un texte étranger à la littérature byzantine, car il n'a précisément pas les mêmes origines. De fait, il ne remplit pas les mêmes fonctions. La population qui vivait dans cette zone frontalière, en raison de cette perpétuelle mouvance, se trouvait tantôt en deçà tantôt au-delà des confins et exposée aux influences venues de l'extérieur de l'Empire. Les aspirations, les idéaux, et les idéologies qui émanaient du pouvoir centralisé n'arrivaient plus si facilement jusqu'à elle ou, pire encore, sous l'influence arabe, la population ne pouvait plus s'y identifier, étant donné qu'elle était éloignée de la capitale, voire totalement coupée d'elle. Par conséquent, elle a dû, et finalement elle a su, former un nouvel idéal plus apte à exprimer une nouvelle réalité socioculturelle.

Source : Théologitis Homère-Alexandre. Digénis Akritas et la littérature byzantine : problèmes d'approche. In: Les Personnages du roman grec. Actes du colloque de Tours, 18-20 novembre 1999. Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 2001. pp. 393-405. (Collection de la Maison de l'Orient méditerranéen ancien. Série littéraire et philosophique, 29);
https://www.persee.fr/doc/mom_0151-7015_2001_act_29_1_1405

Le Récit (présentation de Patrizia Gattaceca) :

"Le poème se divise en deux parties principales.

La première partie raconte le mariage des parents du héros, qui sont un émir musulman converti au christianisme et une noble demoiselle rattachée d'une manière ou d'une autre (les versions varient) à la maison des Doukas, qu'il a enlevée à sa famille lors d'une expédition de pillage. Vaincu par les frères de la belle, l'émir se convertit par amour pour sa captive et transplante toute sa parenté en pays byzantin.

Le héros, dont le prénom est Basile, est donc issu de deux races différentes (il est digénis). Selon certains historiens, le grand-père musulman de Digénis serait modelé sur le personnage historique Chrysocheir le dernier chef des pauliciens.

La seconde partie (la plus longue, bien plus romancée) raconte les aventures du héros. À son tour il enlève (cette fois-ci par un rapt romantique) la fille d'un stratège (gouverneur d'une unité administrative de l'Etat, à la fois civil et militaire) et mène une vie de libre apélatès (brigand), multipliant les aventures guerrières et amoureuses. L'ensemble est censé se dérouler sur les frontières (akrai : le héros est un akrite) orientales de l'empire, que le héros libère des monstres (dragons, lions, etc.) et des malfaiteurs (chrétiens ou non) qui infestent la région.

Le sommet du récit, est la rencontre entre Digénis et l'empereur Basile (il s'agit de Basile II, devenu une figure de légende), à qui il donne des conseils de bon gouvernement : « aimer l'obéissance, avoir pitié des pauvres, délivrer les opprimés de l'injustice qui les accable, pardonner les fautes involontaires, ne pas prêter l'oreille aux calomnies, refuser l'injustice, chasser les hérétiques, favoriser les orthodoxes ». L'empereur lui donne alors par chrysobulle une pleine et entière autorité sur les frontières, et Digénis s'installe avec son épouse dans un splendide palais sur l’Euphrate.
Invaincu de main d’homme, le héros meurt de maladie, son épouse aimante le suivra dans la mort."

 

(Pochette de l'album de Patrizia Gattaceca, conception graphique : Armand Luciani)

Présentation de l'album Epupea par Patrizia Gattaceca dans l'émission Mare Latinu sur RCFM

L'album est à écouter et télécharger gratuitement sur le site : https://piona.bandcamp.com/album/epupea-digenis-akritas

Patrizia Gattaceca et Antoine Leonelli s'appliquent à un nouveau concept de narration poétique, chantée sur une musique spécialement conçue à partir de la recomposition de cette épopée byzantine du XIIe siècle dont le héros est né d'une mère grecque et d'un père arabe. Interprétée en corse et en italien, cette création a été présentée pour la première fois à Bastia en juillet 2016, puis aux rencontres polyphoniques de Calvi en 2017 mais également hors de corse. Le travail se poursuivra au Studio l’Angelina avec une Résidence à laquelle s’associera Jean Bernard Rongiconi musicien et ingénieur du son. Les enregistrements débuteront courant Juin 2020.

Le texte sera chanté en italien et en corse pour perpétuer la tradition multiculturelle attachée à ces "chants akritiques" dont on trouve des traces dans les musiques populaires de Grèce orientale et continentale, et des traductions en plusieurs langues jusqu'à la Mer noire. Cette expérience poétique et musicale entièrement inédite est soutenue par l'expertise scientifique du Professeur Paolo Odorico, spécialiste de culture byzantine et traducteur.

La visée de restitution de ces travaux est donc double et sera concrétisée par la réalisation d’un concert final et la réalisation de CDs audio :

- le concert final coïncidera avec les manifestations connexes du projet (La Divine Comédie et U lamentu di e Sette Galere) afin d'organiser un événement d'ampleur capable de restituer l'innovation culturelle, la réappropriation des traditions, et le croisement des cultures.

- l'enregistrement et la réalisation de CDs audios sera encadré par le studio L'Ange Publishing, dirigé par Jean Bernard Rongiconi. Ces CDs seront non commercialisables, et leur distribution gratuite sera destinée à un usage éducatif et dans les manifestations culturelles.

Photos de concert :

  

Digenis, le chant sans frontières :

"Le Digénis Akritas est un poème épique que l’on situe au début du XIIe siècle au sein de l’Empire Byzantin. Selon certaines thèses, il réunit des chants dits « acritiques » antérieurs à cette période et datant peut-être du début du XIe siècle, les ennemis des Byzantins sur les frontières orientales n’étant pas les Turcs, comme c’est le cas depuis les années 1050, mais les Arabes, contre lesquels Byzance a lutté pendant des siècles.


Ce poème présente le parcours d’un héros aux confins orientaux de l’Empire, à la frontière du monde arabe, sur les rivages de l’Euphrate. Basile Akritas, personnage principal du Digénis Akritas, homme de stature imposante est le gardien des frontières aux limites orientales du monde chrétien. Il serait issu d’une noble byzantine et d’un émir de Syrie. Il lutte contre les animaux féroces, les créatures fantastiques, les amazones…Intrépide comme Roland, amoureux comme Erec, parfois léger comme Gauvain, Digénis Akritas continue à émouvoir dans la mémoire des grecs le sens de leur identité.

Plusieurs traductions sont aujourd’hui à notre disposition. Pour ce projet d’adaptation, de mise en musique et d’interprétation du Digénis, je me suis inspirée de la version italienne traduite du Grec par le Professeur Paolo Odorico. Certains textes sont interprétés en Italien.

Interprétée en corse et en italien, cette création a été présentée pour la première fois à Bastia en juillet 2016, puis aux rencontres polyphoniques de Calvi en 2017 mais également hors de corse."

article de  Patrizia Gattaceca

 

Page mise à jour le 07/05/2021 par BENJAMIN BOURGEOIS